Le terme de « redressement » est utilisé dans des situations très différentes.
 

Un chef d’entreprise peut être confronté à un redressement fiscal, à un redressement URSSAF ou à l’ouverture d’un redressement judiciaire. Dans les trois cas, il est question de dette, de trésorerie et de capacité à poursuivre l’activité. 

 

Mais juridiquement, ces situations n’ont ni la même origine, ni le même régime, ni surtout les mêmes marges de négociation.

 

Le premier réflexe doit donc être de distinguer ce qui relève de la contestation de la dette de ce qui relève de son paiement.


 

I. Ce qu’ils ont en commun, ce qui les distingue et ce qui peut se négocier


 

Redressement fiscal et social : la dette peut d’abord être discutée

 

Un redressement fiscal procède d’un contrôle de l’administration.

 

Celle-ci considère que l’impôt déclaré ou acquitté n’est pas celui qui aurait dû l’être. 

 

L’entreprise peut alors discuter le principe de l’imposition, son assiette, la qualification retenue, le montant du rehaussement ou encore les pénalités appliquées.

 

Le redressement social répond à une logique assez proche.

 

À l’issue d’un contrôle, l’URSSAF peut considérer que certaines cotisations ont été omises ou insuffisamment acquittées. Là encore, la dette elle-même peut être contestée : assujettissement, base de calcul, exonérations, avantages en nature, qualification d’une rémunération, travail dissimulé allégué, majorations.

 

Dans l’un et l’autre cas, il existe donc une première discussion, qui porte sur le bien-fondé de la créance.

 

Cette discussion obéit à des procédures très différentes selon qu’il s’agit d’une créance fiscale ou sociale, mais le raisonnement demeure le même : avant de parler de paiement, il faut déterminer ce qui est réellement dû.

 

Une dette fondée peut ensuite faire l’objet d’un aménagement

 

Lorsqu’une dette fiscale ou sociale n’est plus contestée, ou ne l’est que partiellement, reste la question de son règlement.

 

C’est ici que la négociation prend une autre forme.

 

L’administration fiscale peut, dans certaines situations, accorder des délais de paiement.

 

L’URSSAF peut également mettre en place un échéancier, sous réserve notamment du respect des obligations déclaratives et du paiement des cotisations salariales lorsqu’il s’agit d’un employeur.


Des remises de majorations ou de pénalités peuvent également être sollicitées dans certaines conditions.


Il faut donc éviter une confusion fréquente : demander un délai de paiement ne signifie pas nécessairement reconnaître l’intégralité d’un redressement.


Une entreprise peut contester une partie de la dette et organiser parallèlement le paiement de celle qu’elle ne discute pas.


Lorsque les dettes fiscales et sociales s’accumulent, la négociation peut devenir globale


Lorsqu’une entreprise connaît simultanément des difficultés fiscales et sociales, il peut être opportun de rechercher un traitement coordonné de ces dettes.


La Commission des chefs de services financiers, généralement désignée sous le sigle CCSF, permet précisément d’envisager un plan global de règlement des dettes publiques.


Elle peut permettre d’obtenir des délais coordonnés auprès de plusieurs créanciers publics.


Ce mécanisme peut être particulièrement utile lorsque l’entreprise demeure viable mais rencontre une difficulté de trésorerie qui ne lui permet plus d’honorer normalement ses échéances.


À ce stade, la difficulté reste encore traitée dans un cadre essentiellement amiable.


 

Le redressement judiciaire relève d’une logique différente


Le redressement judiciaire ne sanctionne pas une erreur fiscale ou sociale.


Il intervient lorsque l’entreprise se trouve en cessation des paiements, c’est-à-dire lorsqu’elle ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible, et que son redressement n’apparaît pas manifestement impossible.


La procédure change alors de nature.


Il ne s’agit plus de traiter isolément une dette fiscale, sociale, bancaire ou fournisseur.


L’ensemble du passif est pris dans une procédure collective organisée par le Code de commerce.


Les créanciers ne peuvent plus agir individuellement comme auparavant et les dettes antérieures au jugement d’ouverture sont soumises à la discipline de la procédure.


Le redressement judiciaire marque donc un changement essentiel : l’entreprise n’est plus dans une simple négociation avec chacun de ses créanciers.

Elle entre dans un cadre collectif destiné à organiser la poursuite de l’activité et le traitement du passif.

 

 

Peut-on encore négocier en redressement judiciaire ?

 

Oui, mais différemment.

 

Le redressement judiciaire n’exclut pas la négociation. Il la déplace.


Dans le cadre d’un plan, des délais peuvent être proposés aux créanciers. 


Certains créanciers peuvent également accepter des remises.


Les administrations fiscales et les organismes sociaux peuvent eux-mêmes, sous certaines conditions, consentir des abandons ou des remises, notamment sur certaines pénalités, majorations ou dettes éligibles. Ces mesures ne sont cependant jamais automatiques.


Les créanciers publics examinent la situation économique réelle de l’entreprise, ses perspectives de redressement, les efforts consentis par les autres créanciers, ainsi que ceux accomplis par les associés, actionnaires ou dirigeants.


L’idée est simple : l’effort de restructuration doit être partagé.


L’administration n’a pas vocation à supporter seule le coût du redressement d’une entreprise lorsque les autres acteurs ne consentent eux-mêmes aucun effort.

 

Ce qui change réellement : le moment où l’entreprise réagit


En pratique, la différence essentielle ne tient donc pas seulement à la nature de la dette.


Elle tient au moment où l’entreprise décide d’agir.


Tant qu’elle n’est pas en cessation des paiements, elle dispose encore d’une réelle capacité de négociation avec ses créanciers : administration fiscale, URSSAF, banques, fournisseurs.


Elle peut solliciter des délais, rechercher des accords et réorganiser son passif.

 

Lorsque la cessation des paiements est caractérisée et qu’un redressement judiciaire est ouvert, cette liberté diminue nécessairement.


Le traitement des difficultés devient collectif, judiciaire et encadré.


C’est pourquoi l’anticipation reste déterminante. Une entreprise qui réagit dès les premières tensions de trésorerie dispose souvent de plusieurs solutions.

Une entreprise qui attend que les dettes fiscales, sociales, bancaires et fournisseurs deviennent simultanément exigibles finit généralement par ne plus choisir le cadre dans lequel ses difficultés seront traitées.


 

II. Les administrations ne travaillent pas en vase clos


Il faut également garder à l’esprit qu’un contrôle fiscal et un contrôle social ne sont pas totalement indépendants l’un de l’autre.


Le Code de la sécurité sociale organise expressément les échanges d’informations entre les administrations fiscales, les organismes de sécurité sociale et, plus largement, certaines administrations de l’État.


L’article L. 114-14 du Code de la sécurité sociale renvoie ainsi aux dispositions du Livre des procédures fiscales régissant les échanges entre agents fiscaux et organismes chargés de l’application de la législation sociale.


L’article L. 114-12 prévoit également la communication des renseignements, données et documents nécessaires à l’exercice de leurs missions respectives.


L’URSSAF dispose en outre d’un droit de communication lui permettant, pour l’exercice de ses missions de contrôle et de recouvrement, d’obtenir auprès de tiers certains documents et informations, sans que le secret professionnel puisse, dans les conditions prévues par la loi, lui être opposé.


Il serait donc imprudent, pour une entreprise, de traiter séparément une difficulté fiscale et une difficulté sociale comme si chacune demeurait enfermée dans son propre dossier administratif.


Une anomalie révélée dans un cadre peut, lorsqu’elle entre dans le champ des échanges légalement autorisés, être portée à la connaissance d’une autre administration et conduire à des vérifications distinctes.


Cela impose une cohérence particulière dans les déclarations, les écritures comptables, les explications données et les pièces produites : ce qui est soutenu devant l’administration fiscale doit pouvoir être concilié avec ce qui est déclaré à l’URSSAF, et réciproquement.

 

 

III. Un redressement peut en entraîner un autre

Il faut également avoir à l’esprit qu’un contrôle fiscal et un contrôle social ne sont pas nécessairement étanches.

Les textes organisent expressément les échanges d’informations entre l’administration fiscale et les organismes chargés de l’application de la législation sociale. L’article L. 114-14 du Code de la sécurité sociale prévoit ainsi que ces échanges sont effectués dans les conditions fixées notamment par le Livre des procédures fiscales.

En pratique, les constatations effectuées lors d’un contrôle fiscal peuvent donc révéler des éléments présentant également une incidence sociale : rémunérations non déclarées, avantages accordés à un dirigeant ou à des salariés, sommes comptabilisées sous une qualification contestable, distributions ou flux financiers susceptibles d’une autre qualification.

Ces informations peuvent alors donner lieu, dans le cadre légal des échanges entre administrations, à des vérifications de l’URSSAF et, le cas échéant, à un redressement social distinct.

C’est pourquoi un redressement fiscal peut avoir un prolongement URSSAF, comme l’inverse peut également se produire lorsque les constatations opérées dans le cadre social présentent une incidence fiscale.

Le dirigeant confronté à un contrôle ne doit donc jamais examiner uniquement le risque immédiat. Il faut rechercher dès l’origine les conséquences que les faits relevés peuvent produire dans les autres branches du droit fiscal et social.

La cohérence du dossier devient alors essentielle : une explication fournie à une administration ne doit pas créer, par ailleurs, une difficulté fiscale, sociale ou comptable plus importante que celle qu’elle entend résoudre.

CONCLUSION


En matière fiscale, sociale ou financière, repousser le problème ne le fait pas disparaître.


Il est tentant, lorsqu’une entreprise traverse une période difficile, de différer certaines échéances, de traiter les urgences les unes après les autres et de laisser s’accumuler les dettes dans l’espoir d’un retour rapide à meilleure fortune. C’est précisément ce qu’il faut éviter.


Pousser la poussière sous le tapis ne fait que retarder le moment où il faudra la retirer, souvent dans de moins bonnes conditions.


À tout moment, le dirigeant doit donc pouvoir faire un point d’ensemble sur :

 

les dettes fiscales ;

les dettes sociales ;

les dettes fournisseurs et bancaires ;

la trésorerie réellement disponible ;

les échéances à venir ;

les procédures déjà engagées ;

et les possibilités de négociation encore ouvertes.


Ce bilan régulier permet de distinguer une difficulté passagère d’une situation qui se dégrade structurellement. Il permet surtout de conserver une marge de décision.


Car plus l’entreprise agit tôt, plus elle peut encore négocier. Et surtout, il ne faut pas attendre d’être acculé pour demander de l’aide.

 

Expert-comptable, avocat, administrateur ou mandataire judiciaire, services fiscaux, URSSAF, CCSF : selon la nature et le degré de la difficulté, plusieurs interlocuteurs peuvent intervenir avant que la situation ne devienne irréversible.

Laure TRAPÉ    Avocat au Barreau de Marseille

Le 24.09.2026